MANON (Massenet) Acto I Anna Netrebko es Manón. Rolando Villazón es Des Grieux

Este post se dedica al acto I de Manón de Jules Massenet. Junto al libreto en francés y traducido se muestran tres videos que componen gran parte del primer acto. En los dos primeros, Anna Netrebko es Manón e interpreta «Je suis encore tout étourdie» ante su llegada en la diligencia con el destino de ingresar en un convento. Uno es de la representación en Viena en 2007 y el otro de Berlín 2007
El siguiente es el encuentro entre Manón y el caballero Des Grieux, Anna Netrebko y Rolando Villazón, que tenemos la suerte que está subtitulado en castellano (es un video del canal de Eduardo2335165 en youtube) Surge el amor y deciden irse a París, en el coche que había preparado el poderoso Guillot para el mismo fin.

«Je suis encore tout étourdie» Viena 2007

«Je suis encore tout étourdie» Berlin 2007

Anna Netrebko es Manón. Rolando Villazón es Des Grieux

La acción se desarrolla en Amiens, París y en las proximidades del El Havre, en 1721.

ACTE I











Scène Première







(La Grande Cour d'une Hôtellerie. À Amiens)







(Le théâtre représente la cour d'une



hôtellerie à Amiens. Au fond, une



grande porte cochère ouvrant sur la



rue. A droite, premier plan, un pavillon



auquel on monte par quelques marches.



A gauche, une tonnelle devant laquelle



est un puits et un banc de pierre. Derrière



la tonnelle, deuxième plan, l'entrée de



l'hôtellerie. Au lever du rideau, Brétigny



debout à la porte du pavillon, Guillot,



sa serviette à la main, est au bas de la



dernière marche.) 







GUILLOT







(appelant) 



Holà! Hé! Monsieur l'hôtelier!



Combien de temps faut-il crier



Avant que vous daigniez entendre?







BRÉTIGNY



Nous avons soif!







GUILLOT



Nous avons faim!



Holà! Hé!







BRÉTIGNY



Vous moquez-vous de faire attendre?







GUILLOT ET BRÉTIGNY



Morbleu!



Viendrez-vous à la fin?







GUILLOT



(avec dépit) 



Foi de Guillot-Morfontaine!



C'est par trop de cruauté



Pour des gens de qualité!







BRÉTIGNY



(en colère) 







Il est mort, la chose est certaine!







GUILLOT



(en colère) 



Il est mort!







GUILLOT ET BRÉTIGNY



Il est mort!







POUSSETTE



(à la fenêtre, et riant)



Allons, messieurs, point de courroux!







GUILLOT



Que faut-il faire?







BRÉTIGNY



Que faut-il faire?







GUILLOT



Il n'entend pas.











(Javotte et Rosette se joignent à Poussette)







POUSSETTE



(riant aux éclats) 



On le rappelle!



On le harcèle!



On le rappelle!







JAVOTTE



(de même)



On le harcèle!



On le rappelle!







ROSETTE



(de même)



On le rappelle!







POUSSETTE, JAVOTTE,



ROSETTE, GUILLOT ET BRÉTIGNY



Voyons, monsieur l'hôtelier!



montrez-vous hospitalier!



Montrez-vous hospitalier!



Voyons, monsieur l'hôtelier!



Voyons, monsieur l'hôtelier!



Sauvez-nous de la famine!











POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE



Monsieur l'hôtelier!



Sauvez-nous de la famine!



Voyons, monsieur l'hôtelier!







GUILLOT



Monsieur l'hôtelier!



Soyez donc hospitalier!



Voyons, monsieur l'hôtelier!







BRÉTIGNY



Monsieur l'hôtelier!



Si non l'on vous extermine!



Monsieur l'hôtelier!







(écoutant)







Eh bien!... Eh quoi!... pas de réponse?







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE



Pas de réponse?







GUILLOT



Pas de réponse?







BRÉTIGNY



Il est sourd à notre semonce!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE







Recommençons!







GUILLOT



Pas trop de bruit,



cela redouble l'appétit!







POUSSETTE, JAVOTTE,



ROSETTE, BRÉTIGNY



Voyons, monsieur l'hôtelier,







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT, BRÉTIGNY



Montrez-vous hospitalier!



Montrez-vous hospitalier!







Scène Seconde







(L'hôtelier paraît sur le pas de la porte.) 







BRÉTIGNY



(avec une explosions de joie et de surprise) 



Ah! voilà le coupable!







GUILLOT







(avec une colère comique)



Réponds-nous, misérable!







L'HÔTELIER



Moi! vous abandonner!



Je ne dirai qu'un mot:



Qu'on serve le dîner!







(A ce moment des marmitons portant



des plats sortent de l'hôtellerie. Les



marmitons se dirigent lentement et



presque solennellement vers le pavillon.



Avec importance) 







Hors-d’oeuvre de choix...







POUSSETTE, JAVOTTE,



ROSETTE, GUILLOT, BRÉTIGNY



Bien!







L'HÔTELIER



... et diverses épices...



Poisson... poulet!...







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT, BRÉTIGNY



Parfait!







JAVOTTE



Du poisson!











GUILLOT



Du poulet!







BRÉTIGNY



Parfait!







POUSSETTE



O douce providence!



On vient nous servir!







JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT ET BRÉTIGNY



Voilà qu'en cadence



On vient nous servir!







L'HÔTELIER



Voyez! on vient vous servir!







(insistant)







Un buisson d'écrevisses!







POUSSETTE, JAVOTTE ET ROSETTE



(avec joie) 



Des écrevisses!











GUILLOT



(avec joie) 



Des écrevisses!







L'HÔTELIER



Et pour arroser le repas...



De vieux vins...







GUILLOT



(aux marmitons)



Ne les troublez pas!







L'HÔTELIER



Et pour compléter les services:



Le pâté de canard!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT ET BRÉTIGNY



Un pâté!







L'HÔTELIER



(se rengorgeant)







Non pas, messieurs



Un objet d'art!







GUILLOT



Vraiment!







BRÉTIGNY



Parfait!







POUSSETTE



O douce providence!



On vient nous servir!







JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT ET BRÉTIGNY



Voilà qu'en cadence



On vient nous servir!







L'HÔTELIER



Voyez! On vient vous servir!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT ET BRÉTIGNY



O sort délectable,



Lorsque l'on a faim,



De se mettre enfin



A table!



On vient nous servir!







L'HÔTELIER



Il est préférable



Et même très sain



D'attendre la faim.



Mettez-vous à table,



On vient vous servir!



A table!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT ET BRÉTIGNY



A table! A table!











(Tous rentrent dans le pavillon



dont la porte et la fenêtre se



referment. L'Hôtelier reste seul.) 







Scène Troisième







L'HÔTELIER



C'est très bien de dîner!



Il faut aussi payer!



Et je vais...



Mais, au fait, pensons au Chevalier des Grieux!



Le temps passe...



Et j'ai promis de retenir sa place



Au premier coche.







(se dirigeant au fond et apercevant



les Bourgeois qui se disposent à



envahir l'hôtellerie.) 







Et mais, voilà déjà la ribambelle



Des bons bourgeois!



Ils viennent regarder si l'on peut lorgner



Quelque belle,



Ou se moquer de quelque voyageur!







(sentencieux)







J'ai remarqué que l'homme est très observateur!







(Il entre dans le bureau. La Cloche



de l'hôtellerie se fait entendre.



Les Bourgeois et les Bourgeoises



Envahissent peu à peu l'hôtellerie.) 







Scène Quatrième







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



(avec calme)



Entendez-vous la cloche,



Voici l'heure du coche,



Il faut tout voir! tout voir!



Les voyageurs, les voyageuses,



Il faut tout voir!



Pour nous c'est un devoir!







(Lescaut entre suivi de deux Gardes.) 







LESCAUT



(s'adressant aux Gardes)



C'est bien ici l'hôtellerie



Où le coche d'Arras



Va tantôt s'arrêter?







LES GARDES



C'est bien ici!







LESCAUT







(les congédiant)



Bonsoir!







LES GARDES



(se récriant)



Quelle plaisanterie!



Lescaut, tu pourrais nous quitter!







LESCAUT



(avec bonne humeur)



Jamais! jamais! jamais!



Allez à l'auberge voisine,



On y vend un clairet joyeux;



Je vais attendre ma cousine...



Je vais attendre ma cousine...



Et je vous rejoins tous les deux!







LES GARDES



Rappelle-toi!







LESCAUT



(froissé) 



Vous m'insultez, c'est imprudent!











LES GARDES



(suppliant) 



Lescaut!







LESCAUT



(satisfait et insolent)



C'est bon!



Je perdrais la mémoire



Quand il s'agit de boire!







(avec autorité) 







Allez!







(finement, changeant de ton) 







à l'auberge voisine



On y vend un clairet joyeux!



Je vais attendre ma cousine!



Allez trinquer en m'attendant!



en m'attendant, allez trinquer!







(La rue s'emplit de postillons,



de porteurs portant des malles,



des cartons, des valises et précédés



ou suivis de voyageurs et voyeuses



qui tournent autour d'eux pour obtenir



leur bagages.) 







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



(avec joie)



Les voilà! les voilà! les voilà!







(Au fond on aperçoit le coche,



duquel descendent des voyageurs.)







UNE VIEILLE DAME



(se rajustant)



Oh! ma coiffure! Oh! ma toilette!







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



(riant) 



Voyez-vous pas cette coquette!







UN VOYAGEUR



Eh! le porteur!







UN PORTEUR



(de mauvaise humeur) 







Dans un instant!







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



(de même) 



Ah! le singulier personnage!







UNE VOYAGEUSE



Où sont mes oiseaux et ma cage?







UN VOYAGEUR



Hé! Postillon!







UNE AUTRE



(appelant aussi)



Postillon!







UN AUTRE



(de même) 



Hé! Postillon!











UNE AUTRE



(appelant aussi) 



Postillon!







UN AUTRE



Ma malle!







(réunis)







Postillon!







UNE AUTRE



Mon panier!







(réunies) 







Postillon







POSTILLONS ET PORTEURS



(Les postillons et les Porteurs se dégageant)







Dans un moment! dans un moment!







VOYAGEUSES ET VOYAGEURS



(criant à tue-tête) 



Donnez à chacun son bagage!



Voyons! voyons! voyons!







POSTILLONS ET PORTEURS



Moins de tapage! non! non! non! non!







VOYAGEUSES ET VOYAGEURS



Dieux quel tracas et quel tourment



Quand il faut monter en voiture!



Ah! je le jure! On ferait bien



de faire avant son testament!







POSTILLONS ET PORTEURS



Ah! c'est à se damner vraiment,



Chacun d'eux gémit et murmure



Rien qu'en montant dans la voiture



Et recommence en descendant!



Ça recommence en descendant!







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



Ah! c'est à se damner vraiment,



Chacun gémit



Rien qu'en montant ou descendant!



Dieux! Que! tourment!







VOYAGEUSES ET VOYAGEURS



Dieux! Quel tracas et quel tourment!



ah! quel tourment!



Ah! l'on devrait faire avant tout son testament!



Quel tracas! Quel tourment!



Dieux quel tracas et quel tourment!







POSTILLONS ET PORTEURS



Ah! c'est à se damner vraiment! chacun gémit!



Ah! c'est à se damner vraiment chacun gémit!



Taisez-vous! ah! c'est a se damner vraiment!











BOURGEOISES ET BOURGEOIS



Ah! Quel tracas et quel tourment!



Ah! quel tracas et quel tourment! ah!







VOYAGEUSES ET VOYAGEURS



(poursuivant les Postillons et porteurs) 



Je suis la première /le premier! le premier!







POSTILLONS ET PORTEURS



(brusquement) 



Le dernier! Non!







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



(imitant les postillons en riant) 



Les dernier! Non!







(Manon qui vient de sortir de la foule



considère tout ce tohu-bohu avec étonnement)







LESCAUT



(l'observant à son tour) 



Eh! j'imagine que cette belle enfant,



c'est Manon! ma cousine!







(allant vers elle; à Manon franchement) 







Je suis Lescaut...







MANON



(avec une légère surprise) 



Vous... mon cousin...







(simplement et sans retenir) 







embrassez-moi!







LESCAUT







Mais très volontiers, sur ma foi!



Morbleu! c'est une belle fille



Qui fait honneur à la famille!







MANON



(avec embarras) 



Ah! mon cousin! mon cousin, excusez-moi!







LESCAUT



(à part) 



Elle est charmante!







MANON



(avec charme et émotion) 



Je suis encor tout étourdie...



Je suis encor tout engourdie...



Ah! mon cousin!



Excusez-moi! excusez un moment d'émoi...



Je suis encor tout étourdie...







(vivement déclamé) 







Pardonnez à mon bavardage.



J'en suis à mon premier voyage!











(en racontant) 







Le coche s'éloignait à peine



Que j'admirais de tous mes yeux,



Les hameaux, les grands bois... la plaine...



Les voyageurs jeunes et vieux...







(en liant)







Ah!







(changeant de ton)







mon cousin, excusez-moi!



c'est mon premier voyage!







(continuant son récit) 







Je regardais fuir, curieuse,



Les arbres frissonnant au vent!



Et j'oubliais, toute joyeuse,



Que je partais pour le couvent!



pour le couvent! pour le couvent!



Devant tant de choses nouvelles,



Ne riez pas, si je vous dis



Que je croyais avoir des ailes,



Et m'envoler en paradis!



Oui, mon cousin!...



Puis... j'eus un moment de tristesse...



Je pleurais... je ne sais pas quoi







(changeant de ton)







L'instant d'après, je le confesse,



Je riais...







(riant aux éclats) 







Ah! ah!



Je riais, mais sans savoir pourquoi!



Ah! ah!







(sans retenir) 







ah! ah !ah !ah!







(confuse)







Ah! mon cousin... excusez-moi...



ah! mon cousin... pardon!



Je suis encor tout étourdie...



Je suis... encor tout engourdie!







(vivement déclamé)







Pardonnez à mon bavardage,



J'en suis à mon premier voyage!







(Gros remue ménage: les voyageurs précédés des



postillons envahissent la cour de l'hôtellerie.) 







LES POSTILLONS



(aux Voyageurs) 







Partez! On sonne!







VOYAGEUSES ET VOYAGEURS



(avec une épouvante comique) 



Comment? Partir!







LES POSTILLONS



(brutalement aux Voyageurs) 



Allons! Sortez! voici l'autre voiture!







VOYAGEUSES ET VOYAGEURS



Partir! Comment?



Quelle mésaventure!







LES POSTILLONS



Partez! Allons!



On sonne!







VOYAGEUSES ET VOYAGEURS



(Tous se bousculent et réclament)



Mon carton!











UNE VOYAGEUSE



Mes oiseaux!







UN VOYAGEUR



Non! Mon paquet!







DEUX AUTRES



Mon paquet!







UN AUTRE



Non! Mon chapeau!







(tous) 







Mes oiseaux! Mon carton!



Mon paquet! Mon chapeau!







LES POSTILLONS



Partez! Voici l'autre voiture! on sonne!



partez! ah!



C'est à se damner vraiment!



Chacun d'eux gémit et murmure



Rien qu'en montant dans la voiture



Et recommence en descendant!







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



(riant) 







Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!



C'est à se damner vraiment!



Chacun gémit!



Rien qu'en montant ou descendant



Dieux! quel tourment!







VOYAGEUSES ET VOYAGEURS



On nous rançonne!



Voyons! Voyons! voyons! Dieux!



Quel tracas et quel tourment!



quand il faut monter en voiture,



ah! je le jure,



On ferait bien de faire avant son testament!







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



Dieux! quel tracas et quel tourment!



ah! quel tourment!



Ah! L'on devrait faire avant tout son testament!



Ah! L'on devrait faire avant tout son testament!







POSTILLONS ET PORTEURS



Ça recommence en descendant!



Ah! C'est à se damner vraiment!



Chacun gémit!



Ah! C'est à se damner vraiment!



Chacun gémit!







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



Ah! Quel tracas et quel tourment!



Ah! Quel tracas et quel tourment!







VOYAGEUSES ET VOYAGEURS



Quel tracas! quel tourment!



Dieux! quel tracas et quel tourment!







POSTILLONS ET PORTEURS



Taisez-vous! ah! quel tourment!







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



(riant) 



Ah! ah!



Ah! quel tourment!











(riant) 







Ah! ah! ah!







(La foule s'éloigne peu à peu laissant



ensemble Lescaut et Manon.) 







LESCAUT



(Au moment de sortir pour aller chercher



les paquets de Manon) 



Attendez-moi, soyez bien sage,



Je vais chercher votre bagage!







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



Il faut tout voir!



Pour nous c'est un devoir!







(Ils disparaissent. Manon reste seule.



Paraît Guillot sur le balcon du pavillon.) 







Scène Cinquième







GUILLOT



Hôtelier de malheur! Il est donc entendu



Que nous n'aurons jamais de vin!







(apercevant Manon) 







Ciel! qu'ai-je vu?



Mademoiselle! hem! hem!.. Mademoiselle...







(à part) 







Ce qui se passe en ma cervelle est inouï!







MANON



(à part, en riant) 



Cet homme est fort drôle, ma foi!







GUILLOT



Mademoiselle, écoutez-moi!



On me nomme Guillot de Morfontaine,



De louis d'or ma caisse est pleine,



Et j'en donnerais beaucoup pour



Obtenir de vous un seul mot d'amour...



J'ai fini, qu'avez-vous à dire?











MANON



Que je me fâcherais, si je n'aimais mieux rire...







(Manon éclate de rire, et son rire est répété par



Brétigny, Javotte, Poussette et Rosette



qui viennent d'arriver sur le balcon.) 







BRÉTIGNY



(Déclamant)



Eh bien, Guillot, que faites-vous?



Nous vous attendons.







GUILLOT



(Déclamant)



Au diable les fous!







POUSSETTE



(à Guillot) 



N'avez-vous pas honte? à votre âge!











JAVOTTE



... à votre âge!







ROSETTE



... à votre âge!







BRÉTIGNY



Cette fois-ci, le drôle a par hasard



Découvert un trésor.



Jamais plus doux regard



N'illumina plus gracieux visage...







LES TROIS FEMMES



(à Guillot; en riant; léger et gai) 



Revenez, Guillot, revenez!



Dieu sait où vous mène un faux pas!



Cher ami Guillot, n'en faites pas!



Revenez! Vous allez, vous casser le nez!



Revenez donc, Guillot! non! non!



point de faux pas!



Guillot! n'en faites pas!







(riant) 







Ah! ah!



Revenez! Vous allez vous casser le nez!



Revenez donc, Guillot!







(riant) 







Ah! ah!







BRÉTIGNY



Allons, Guillot, laissez Mademoiselle,



Et revenez, l'on vous appelle!







GUILLOT



(impatienté) 



Oui, je reviens dans un moment!







(à Manon) 







Ma mignonne, un mot seulement!







BRÉTIGNY



Guillot, laissez Mademoiselle...







GUILLOT



(bas à Manon) 



De ma part, tout à l'heure, un postillon viendra,



Quand vous l'apercevrez, cela signifiera



Qu'une voiture attend,



que vous pouvez la prendre,



Et qu'après... vous devez comprendre...











(Lescaut vient de rentrer.) 







LESCAUT



(brusquement, à Guillot) 



Plaît-il, Monsieur!







GUILLOT



(interdit balbutiant)



Monsieur?







LESCAUT



Eh bien! Vous disiez...







GUILLOT



(de même) 



Je ne disais rien!







(Guillot se retire)











POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE, BRÉTIGNY



(en riant) 



Revenez, Guillot, Revenez!



Dieu sait où nous même un faux pas!



Cher ami Guillot, n'en faites pas!



Revenez! Vous vous êtes cassé le nez!







(Ils rentrent en riant dans le pavillon.) 







Scène Sixième







LESCAUT



(à Manon sérieusement) 



Il vous parlait, Manon?







MANON



(légèrement et vif) 







Ce n'était pas ma faute...







LESCAUT



Certes! et j'ai de vous opinion trop haute



Pour me fâcher...







UN GARDE



(à Lescaut) 



Eh bien, tu ne viens pas?







UN AUTRE



(de même) 



Les cartes et les dés nous attendent là-bas!







LESCAUT



Je viens, Mais à cette jeunesse



Permettez d'abord que j'adresse







(avec suffisance) 







Quelques conseils tout remplis de sagesse!











LES DEUX GARDES



(résignés et avec respect)



Écoutons la sagesse.







LESCAUT



(à Manon avec importance) 



Regardez-moi bien dans les yeux.



Je vais tout près, à la caserne,



Discuter avec ces messieurs,



De certain point qui les concerne.



Attendez-moi donc... un instant...



un seul moment...







Ne bronchez pas, Soyez gentille



Et n'oubliez pas, mon cher coeur,



Que je suis gardien de l'honneur



De la famille! De la famille!



Si par hasard... quelque imprudent



Vous tenait un propos frivole...



Dans la crainte... d'un accident...



Ne dites pas une parole!



Priez-le d'attendre un instant,



un seul moment!







Ne bronchez pas, soyez gentille



Et n'oubliez pas, mon cher coeur,



Que je suis gardien de l'honneur



De la famille, de la famille!







(Aux gardes, leur faisant signe de partir) 







Et maintenant, voyons à qui de nous



La Déesse du jeu va faire les yeux doux!







(Au moment de s'éloigner, il se retourne vers Manon.) 







Ne bronchez pas, Soyez gentille!







(Il s'éloigne.) 







Scène Septième







MANON



(simplement) 



Restons ici, puisqu'il le faut!



Attendons... sans penser!



Evitons ces folies,



Ces projets qui mettaient ma raison en défaut!







(simplement) 







Ne rêvons plus!







(Manon semble plongée dans ses réflexions,



puis, tout à coup, simplement, elle porte les yeux sur



le pavillon dans lequel sont enfermées, Poussette,



Javotte et Rosette. Manon s'est levée.) 







Combien ces femmes sont jolies!



La plus jeune portait un collier de grains d'or!



Ah! comme ces riches toilettes...



Et ces parures si coquettes



Les rendaient plus belles encore!







(triste et résignée)







Voyons, Manon, plus de chimères,



Où va ton esprit en rêvant?



Laisse ces désirs éphémères



A la porte de ton couvent!



Voyons, Manon, Voyons, Manon,



Plus de désirs, plus de chimères!







(changeant de ton) 







Et cependant, pour mon âme ravie



En elles tout est séduisant!







(avec un élan de volupté) 







Ah! Combien ce doit être amusant



De s'amuser toute une vie!



Ah! Voyons, Manon, plus de chimères...



Où va ton esprit en rêvant?







(Moitié larmes, moitié sourires) 







Voyons, Manon! Voyons, Manon!



Plus de désirs, plus de chimères!







(apercevant Des Grieux) 







Scène Huitième







Quelqu'un! Vite à mon banc de pierre!







(Des Grieux s'avance sans voir Manon.) 







DES GRIEUX



(à lui-même) 



J'ai marqué l'heure du départ...



J'hésitais... chose singulière!







(résolument) 







Enfin, demain soir au plus tard



J'embrasserai mon père!...



Mon père!..



Oui, je le vois sourire,



Et mon coeur ne me trompe pas!



Je le vois, il m'appelle



Et je lui tends les bras!







(Involontairement Des Grieux s'est tourné



vers Manon. il la regarde d'abord avec



étonnement, puis avec extases et comme si



une vision lui apparaissait) 







O ciel!... Est-ce un rêve?...



Est-ce la folie?



D'où vient ce que j'éprouve?



On dirait que ma vie va finir... ou commence!...



Il semble qu'une main de fer



me mène en un autre chemin



Et malgré moi m'entraîne devant elle!







(Peu à peu Des Grieux s'est rapproche



de Manon. Timide) 







Mademoiselle...







MANON



Eh quoi?







DES GRIEUX



(ému) 



Pardonnez-moi!



Je ne sais...







(entrecoupé) 







J'obéis...je ne suis plus mon maître...







(peu à peu plus ardent) 







Je vous vois, j'en suis sûr, pour la première fois







(tendre et retenu) 







Et mon coeur cependant



vient de vous reconnaître!



Et je sais votre nom...







MANON



(simplement)



On m'appelle Manon...







DES GRIEUX



(avec émotion) 



Manon!







MANON



(à part) 







Que son regard est tendre!



Et que j'ai de plaisir à l'entendre!







DES GRIEUX



Ces paroles d'un fou, veuillez les pardonner!







MANON



(simplement) 



Comment les condamner!



Elles charment le coeur



en charmant les oreilles!



J'en voudrais savoir de pareilles



Pour vous les répéter!







DES GRIEUX



(avec transport) 



Enchanteresse



Au charme vainqueur!



Manon! Vous êtes la maîtresse de mon coeur!







MANON



Mots charmants, enivrantes fièvres



Enivrantes fièvres du bonheur!







DES GRIEUX



O Manon! Vous êtes maîtresse



Vous êtes maîtresse de mon coeur!



Ah! parlez-moi!







MANON



Je ne suis qu'une pauvre fille...











(souriante) 







Je ne suis pas mauvaise...



Mais souvent on m'accuse dans ma famille



D'aimer trop le plaisir!...







(tristement) 







On me met au couvent... tout à l'heure...



Et c'est là l'histoire de Manon.







(simplement) 







De Manon Lescaut!







DES GRIEUX



(avec ardeur) 



Non, je ne veux pas croire a cette cruauté!



Que tant de charmes et de beauté



Soient voués à jamais à la tombe vivante!







MANON







Mais c'est, hélas! la volonté



Du ciel dont je suis la servante,



Puisqu'un malheur si grand ne peut être évité!







DES GRIEUX



(avec fermeté) 



Non! Votre liberté ne sera pas ravie!







MANON



(avec joie) 



Comment?







DES GRIEUX



Au chevalier Des Grieux,



vous pouvez vous fier!







MANON



(avec élan)



Ah! Je vous devrai plus que la vie!







DES GRIEUX



(avec passion) 







Ah! Manon! Vous ne partirez pas!!



Dussé-je aller chercher au bout du monde



Une retraite inconnue et profonde...



Et vous y porter dans mes bras!







MANON



A vous ma vie et mon âme... A vous!



A vous toute ma vie, à jamais!







DES GRIEUX



Enchanteresse! Manon,



Vous êtes la maîtresse de mon coeur!







(A ce moment, le Postillon à qui Guillot-Morfontaine



a dit précédemment de se tenir aux ordres de



Manon paraît dans le fond.) 







MANON



(elle le regard, réfléchit et sourit)



Par aventure peut-être avons-nous mieux:



Une voiture!



La chaise d'un seigneur...







(léger et sans retenir) 







Il faisait les yeux doux a Manon.







(finement) 







Vengez-vous!







DES GRIEUX



Mais comment?







MANON



Tous les deux, prenons-là!







DES GRIEUX



(au Postillon, qui s'éloigne aussitôt) 



Soit, partons!







MANON



(troublée) 



Et quoi... partir ensemble?







DES GRIEUX



(avec transport) 



Oui, Manon! le ciel nous rassemble!











(ému et avec charme) 







Nous vivrons à Paris...







MANON



(tendre et émue)



Tous les deux!







DES GRIEUX



Tous les deux.



Et nos coeurs amoureux...







MANON



A Paris!







DES GRIEUX



L'un à l'autre enchaînés,







MANON



A Paris!







DES GRIEUX







Pour jamais réunis



N'y vivront que des jours bénis!







MANON



Nous n'aurons que des jours bénis!







LES DEUX



À Paris! à Paris, tous les deux!



Nous vivrons à Paris!







(gaiement) 







tous les deux!







DES GRIEUX



(Se rapprochant tendrement de Manon) 



Et mon nom deviendra le vôtre!







(puis revenant à lui; avec émotion;



presque parlé) 







Ah! pardon!











MANON



Dans mes yeux... Vous devez bien voir



Que je ne puis vous en vouloir...







(presque parlé) 







Et cependant... c'est mal!







DES GRIEUX



Viens! Nous vivrons à Paris!







MANON



(vivement) 



Tous les deux!







DES GRIEUX



(vivement)



Tous les deux!



Et nos coeurs amoureux...







MANON







À Paris!







DES GRIEUX



... l'un à l'autre enchaînés!







MANON



À Paris!







DES GRIEUX



Pour jamais réunis



Nous n'aurons que des jours bénis!







MANON



Nous n'aurons que des jours bénis!







LES DEUX



A Paris! à Paris! tous les deux!



nous vivrons à Paris!







(gaiement) 







... tous les deux!







(éclats de rire dans le pavillon)











MANON



(se souvenant) 



Ce sont elles!







POUSSETTE, JAVOTTE ET ROSETTE



Revenez, Guillot, revenez!



Vous allez vous casser le nez!



Revenez donc, Guillot!







(riant) 







ah! ah! ah! ah! ah! ah!







DES GRIEUX



Qu'avez-vous?







MANON



(avec trouble) 



Rien! Ces femmes si belles!







LESCAUT







(au dehors, aviné) 



Ce soir, vous rendrez tout au cabaret voisin!







DES GRIEUX



(effrayé) 



Là!







MANON



(de même)



C'est la voix de mon cousin!







DES GRIEUX



Viens! Partons!







POUSSETTE, JAVOTTE ET ROSETTE



(Au dehors, dans le pavillon) 



Revenez, Guillot! revenez! revenez!











(éclats de rire) 







MANON



(s'arrête, indécise) 



Ah!







(à part; avec un élan de volupté) 







Combien ce doit être amusant...



... de s'amuser... toute une vie!







MANON ET DES GRIEUX



Ah! partons!







(Ils s'enfuient tous deux.) 







Scène Neuvième







LESCAUT



(paraissant; un peu ivre) 



Plus un sou! Le tour est très plaisant!







(appelant) 







Hé! Manon!







(Il la cherche, avec stupéfaction) 







Quoi! Disparue!







(criant) 







Holà! Holà!











GUILLOT



(descendant doucement le perron;



avec précaution) 



Je veux la retrouver!







LESCAUT



(Le voyant et lui barrant le passage) 



Ah! c'est vous! Le gros homme!







GUILLOT



(reculant) 



Hein?







LESCAUT



(brutalement) 



Vous avez pris Manon, vous, rendez-là!







GUILLOT







(terrifié) 



Taisez-vous!







LESCAUT



(criant plus fort) 



Rendez-la-moi! Rendez-la-moi! Rendez-la-moi!







(Les Bourgeois et L’Hôtelier arrivent peu à peu de



toutes parts au bruit des cris de Lescaut et se montrent



en riant les deux personnages.) 







(à Guillot) 







Allons! rendez-la moi!







GUILLOT



(à Lescaut, montrant toute le monde) 







Regardez donc comme



Vous attirez la foule!







LESCAUT



Ah! bah! ça m'est égal!







(aux Bourgeois) 







Il a pris notre honneur!







(à Guillot) 







C'est un trop beau régal



Pour ton vilain museau!







GUILLOT



(terrifié) 



Quelle aventure!







LESCAUT



(aux Bourgeois) 







Il a pris notre honneur!







L'HÔTELIER, BOURGEOISES Y BOURGEOIS



Voyons, expliquez-vous!







GUILLOT



Soit!... mais très doucement,



très doucement et sans injure!







LESCAUT



(encore plus fort)



Répondez catégoriquement;



Je veux Manon! Je veux Manon!







L'HÔTELIER



Quoi! cette jeune fille,



Elle est partie avec un jeune homme!



Écoutez!







(bruit lointain de la voiture) 







GUILLOT



(avec désespoir) 







O ciel!







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



Elle est partie!







LESCAUT



(furieux) 



Mais c'est l'honneur de la famille!







L'HÔTELIER



(désignant Guillot) 



Dans la voiture de monsieur...







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



Dans la voiture de monsieur...







GUILLOT



Non! Arrêtez!







LESCAUT



(voulant s'élancer sur lui) 







Gredin!







GUILLOT



(se dégageant) 



Lâchez! Lâchez!







L'HÔTELIER, BOURGEOISES ET



BOURGEOIS



(riant) 



Ah! ah! la drôle de figure!



Vit-on jamais pareil malheur!







LESCAUT



(cherchant à rattraper Guillot malgré L’Hôtelier) 



Non! il faut que je châtie!







BRÉTIGNY



(qui est sorti du pavillon avec les femmes) 



Eh! quoi! Pauvre Guillot, votre belle est partie!











(Les femmes rient.) 







BOURGEOISES ET BOURGEOIS



Quelle mésaventure



Pour un aussi grand séducteur!







GUILLOT



Taisez-vous tous!... Je veux être vengé!



Et de cette perfide et de cet enragé!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



BRÉTIGNY, L'HÔTELIER ET LA FOULE



(riant) 



Ah! ah! la drôle de figure!



Ah! quel malheur! ah! quel malheur!







LESCAUT



Morbleu! Manon, vous me reverrez,



Et vous, petit, vous le paierez!







(Tout le monde rit.)







RIDEAU. 

ACTO I











Escena Primera







(El patio de una posada en Amiens)







(El teatro representa el patio de una



posada en Amiens. Al fondo una gran



puerta que se abre a la calle. A la



derecha, en primer plano, un pabellón



al que se accede por unos escalones.



A la izquierda, un cenador delante del cual



hay un pozo y un banco de piedra. Detrás



del cenador, en segundo plano, la entrada



de la posada. Al levantar el telón, Brétigny



está de pie en la puerta del pabellón, Guillot,



con la servilleta en la mano, está delante del



último escalón)







GUILLOT



(llamando)



¡Hola! ¡He! ¡Señor posadero!



¿Durante cuánto tiempo hace falta gritar



antes de que os dignéis escuchar?











BRÉTIGNY



¡Tenemos sed!







GUILLOT



¡Tenemos hambre!



¡Hola! ¡He!







BRÉTIGNY



¿Os burláis haciéndonos esperar?







GUILLOT Y BRÉTIGNY



¡Caramba!



¿Vendréis por fin?







GUILLOT



(con despecho)



¡Soy un Guillot-Morfontaine!



Esta tardanza es demasiado enojosa



para la gente de nuestra clase.







BRÉTIGNY



(enfadado)



¡Seguro que está muerto!







GUILLOT







(enfadado)



¡Ha muerto!







GUILLOT Y BRÉTIGNY



¡Ha muerto!







POUSSETTE



(en la ventana, riéndose)



¡Vamos, señores, nada de enfados!







GUILLOT



¿Qué podemos hacer?







BRÉTIGNY



¿Qué podemos hacer?







GUILLOT



No te oye.







(Javotte y Rosette se acercan a Poussette)











POUSSETTE



(riendo a carcajadas)



¡Se le vuelve a llamar!



¡Se le apremia!



¡Se le vuelve a llamar!







JAVOTTE



(igualmente)



¡Se le apremia!



¡Se le vuelve a llamar!







ROSETTE



(igualmente)



¡Se le vuelve a llamar!







POUSSETTE, JAVOTTE,



ROSETTE, GUILLOT Y BRÉTIGNY



¡Vamos, señor posadero!



¡Mostraros hospitalario!



¡Mostraros hospitalario!



¡Vamos, señor posadero!



¡Vamos, señor posadero!



¡Salvadnos del hambre!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE



¡Señor posadero!



¡Salvadnos del hambre!



¡Vamos, señor posadero!







GUILLOT







¡Señor posadero!



¡Sed hospitalario!



¡Vamos, señor posadero!







BRÉTIGNY



¡Señor posadero!



¿Es que habéis desaparecido?



¡Señor posadero!







(Escuchando)







¿Y bien?... ¡Cómo!... ¿No hay respuesta?







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE



¿No hay respuesta?







GUILLOT



¿No hay respuesta?







BRÉTIGNY



¡Se hace el sordo a nuestra llamada!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE



¡Volvamos a comenzar!







GUILLOT



¡No hacemos suficiente ruido,



y cada vez tengo más apetito!







POUSSETTE, JAVOTTE,



ROSETTE, BRÉTIGNY



¡Vamos, señor posadero!











POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT, BRÉTIGNY



¡Asomaros posadero!



¡Asomaros posadero!







Escena Segunda







(El posadero aparece en la puerta)







BRÉTIGNY



(con una explosión de alegría y de sorpresa)



¡Ah, he ahí al culpable!







GUILLOT



(haciéndose el enfadado)



¡Respóndenos, miserable!







POSADERO



¡Yo! ¿Abandonaros?



No diré mas que una palabra:



¡Que se sirva la cena!







(En este momento unos golfillos llevando



unos platos salen de la posada. Los



golfillos se dirigen lentamente y



casi solemnes hacia el pabellón.



Dándose importancia)







Entremeses a elegir...











POUSSETTE, JAVOTTE,



ROSETTE, GUILLOT, BRÉTIGNY



¡Bien!







POSADERO



... y diversos manjares...



pescado... ¡pollo!...







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT, BRÉTIGNY



¡Perfecto!







JAVOTTE



¡Pescado!







GUILLOT



¡Pollo!







BRÉTIGNY



¡Perfecto!







POUSSETTE



¡Oh, dulce providencia!



¡Vienen a servirnos!







JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT Y BRÉTIGNY



¡Nos vienen a servir



oportunamente!







POSADERO







¡Mirad! ¡Vienen a serviros!







(Insistiendo)







¡Un plato de cangrejos!







POUSSETTE, JAVOTTE Y ROSETTE



(con alegría)



¡Cangrejos!







GUILLOT



(con alegría)



¡Cangrejos!







POSADERO



Y para regar la comida...



Vinos añejos...







GUILLOT



(a los golfillos)



¡No los molestéis!











POSADERO



Y para completar el servicio:



¡Paté de pato!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT Y BRÉTIGNY



¡Paté!







POSADERO



(dándose importancia)



¡Como ven, señores,



una obra artística!







GUILLOT



¡Verdaderamente!







BRÉTIGNY



¡Perfecto!







POUSSETTE



¡Oh, dulce Providencia!



¡Vienen a servirnos!







JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT Y BRÉTIGNY



¡Nos vienen a servir



oportunamente!







POSADERO







¡Mirad! ¡Vienen a serviros!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT Y BRÉTIGNY



¡Oh, fortuna deliciosa,



cuando se tiene hambre,



se le pone fin



en la mesa!



¡Vienen a servirnos!







POSADERO



Es preferible



e incluso muy sano



calmar el hambre.



¡Sentaos a la mesa!



¡Vienen a serviros!



¡A la mesa!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



GUILLOT Y BRÉTIGNY



¡A la mesa! ¡A la mesa!







(Todos entran en el pabellón,



después la puerta y la ventana



se cierran. El posadero se queda solo)







Escena Tercera







POSADERO



¡Está muy bien cenar!



¡Pero también es necesario pagar!



Y voy...



¡Pero, pensemos en el Caballero Des Grieux!



El tiempo pasa...



Y yo le he prometido reservarle un lugar



en el primer coche.







(Se dirige hacia el fondo y aparecen



unos burgueses que se disponen a



cenar en  la posada)







¡Pero, ahí llega la retahíla



de los buenos burgueses!



¡Vienen a ver si pueden echar una ojeada



a alguna belleza,



o a burlarse de algún viajero!







(Sentencioso)







¡He notado que el hombre es muy observador!







(entra en el la oficina. Se oye la



campana de la posada.



Los burgueses llegan,



poco a poco, a la posada)











Escena Cuarta







BURGUESES



(con calma)



¿Oís la campana?



Es la hora de la llegada del coche,



¡es necesario verlo todo! ¡verlo todo!



Los viajeros, las viajeras,



¡es necesario verlo todo!



¡Para nosotros es un deber!







(Entra Lescaut seguido de dos guardias)







LESCAUT



(dirigiéndose a los guardias)



¿Es aquí, en esta posada,



dónde parará



el coche de Arrás?







LOS GUARDIAS



¡Éste es el lugar!







LESCAUT



(despidiéndolos)



¡Buenas noches!











LOS GUARDIAS



(exclamando)



¿Lo dices en serio?



Lescaut, ¿acaso podrías dejarnos?







LESCAUT



(con buen humor)



¡Nunca! ¡Nunca! ¡Nunca!



Id al mesón vecino,



donde venden un buen clarete;



voy a esperar a mi prima...



Voy a esperar a mi prima...



¡Id a divertiros!







LOS GUARDIAS



¡Ven, por favor!







LESCAUT



(ofendido)



¡Me insultáis, lo que es una imprudencia!







LOS GUARDIAS



(suplicando)



¡Lescaut!











LESCAUT



(satisfecho e insolente)



¡Está bien!



¡Perdería la memoria



cuando se trata de beber!







(Con autoridad)







¡Id!







(Despacio, cambiando el tono)







¡en el mesón vecino



donde se vende un buen clarete!



¡Voy a esperar a mi prima!



¡Id a beber y esperarme!



¡Esperarme, id a beber!







(La calle se llena de postillones,



mozos llevando baúles,



sombrereras, maletas y precedidos



o seguidos de viajeros y viajeras



que los rodean para obtener



sus equipajes)







BURGUESES Y BURGUESAS



(alegremente)



¡Helos allí! ¡Allí! ¡Helos allí!







(En el fondo aparece un coche,



del que bajan los viajeros)







UNA VIEJA MUJER







(arreglándose)



¡Oh! ¡Mi peinado! ¡Oh! ¡Mi vestido!







BURGUESES Y BURGUESAS



(riendo)



¡Mirad esa coqueta!







UN VIAJERO



¡Eh! ¡Mozo!







UN MOZO



(malhumorado)



¡En un instante!







BURGUESES Y BURGUESAS



(de igual manera)



¡Ah! ¡Qué personaje tan singular!











UNA VIAJERA



¿Dónde están mis pájaros y mi jaula?







UN VIAJERO



¡Eh! ¡Postillón!







OTRA



(llamando también)



¡Postillón!







OTRA



(igualmente)



¡Eh! ¡Postillón!







OTRA



(llamando también)



¡Postillón!







OTRA







¡Mi baúl!







(Todos juntos)







¡Postillón!







OTRA



¡Mi cesta!







(Todos juntos)







¡Postillón!







POSTILLONES Y MOZOS



(Los postillones y los mozos se retiran)



¡En un momento! ¡En un momento!







VIAJEROS Y VIAJERAS



(gritando a voz en cuello)



¡Dad a cada uno su equipaje!



¡Vamos! ¡Vamos! ¡Vamos!







POSTILLONES Y MOZOS



¡Menos escándalo! ¡No! ¡No! ¡No! ¡No!











VIAJEROS Y VIAJERAS



¡Dios mío, qué ajetreo y qué tormento



cuando es necesario utilizar el coche!



¡Ah! ¡Lo juro! ¡Debería de



hacerse antes el testamento!







POSTILLONES Y MOZOS



¡Ah! Es una verdadera condena,



cada uno de ellos gime y murmura



cuando van a subir al coche.



¡Y vuelve a comenzar cuando baja!



¡Sí, vuelve a comenzar cuando baja!







BURGUESES Y BURGUESAS



¡Ah! Es un verdadero infierno,



Cada uno gime



cuando suben o bajan.



¡Dios mío! ¡Qué tormento!







VIAJEROS Y VIAJERAS



¡Dios mío! ¡Qué ajetreo y qué tormento!



¡Ah! ¡Qué tormento!



¡Ah! Todos deberían hacer antes su testamento!



¡Qué ajetreo! ¡Qué tormento!



¡Dios mío, qué ajetreo, qué tormento!







POSTILLONES Y MOZOS



¡Ah! ¡Es una verdadera condena! ¡Todos gimen!



¡Ah! ¡Es una verdadera condena! ¡Todos gimen!



¡Callad! ¡Ah! ¡ Es una verdadera condena!







BURGUESES Y BURGUESAS



¡Ah! ¡Qué ajetreo y qué tormento!



¡Ah! ¡Qué ajetreo y qué tormento! ¡Ah!







VIAJEROS Y VIAJERAS



(persiguiendo a los postillones y mozos)



¡Yo soy la primera/ el primero! ¡el primero!







POSTILLONES Y MOZOS







(con brusquedad)



¡El último! ¡no!







BURGUESES Y BURGUESAS



(imitando a los postillones y riendo)



¡El último! ¡no!







(Manón que acaba de salir de la multitud



observa toda esta confusión con asombro)







LESCAUT



(observando a su alrededor)



¡Eh! ¡Imagino que esta bonita niña,



es Manón, mi prima!







(Yendo hacia ella; con  franqueza)







Soy Lescaut...







MANÓN



(con una ligera sorpresa)



Vos... mi primo...







(Simplemente y sin retenerse)







¡Abrázame!











LESCAUT



¡Con mucho gusto, a fe mía!



¡Caramba! ¡Es una bella muchacha



que hace honor a la familia!







MANÓN



(con embarazo)



¡Ah! ¡Primo! ¡Primo, excusadme!







LESCAUT



(para sí)



¡Es encantadora!







MANÓN



(encantada y emocionada)



Estoy todavía muy aturdida...



Estoy todavía muy entumecida...



¡Ah! ¡Primo!



¡Excusadme! Escusad mi emoción....



Estoy todavía aturdida...







(con viveza)







Perdonad mi charla.



¡Éste es mi primer viaje!







(Narrando)







Cuando el cocche arrancó,



mis ojos lo admiraban todo:



los caseríos, los grandes bosques... la llanura...



los viajeros jóvenes y viejos...







(Afable)











¡Ah!







(Cambiando de tono)







¡Primo! ¡Excusadme!



¡Es mi primer viaje!







(Continua recitando)







¡Miraba pasar, curiosa,



los árboles temblando al viento!



¡Y olvidaba, muy alegre,



que yo iba hacia el convento!



¡Hacia el convento! ¡Hacia el convento!



Ante tantas cosas nuevas,



no os riáis, si os digo



que creía tener alas,



¡que me llevaban al paraíso!



Sí, primo mío...



Después.. Tuve un momento de tristeza...



Lloraba... sin saber por qué.







(Cambiando de tono)







Al instante siguiente, lo confieso,



Reía...







(riendo a carcajadas)







¡Ah! ¡Ah!



Reía,¡ pero sin saber por qué!



¡Ah! ¡Ah!







(Sin aguantarse)







¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah!







(confusa)







¡Ah! Primo... excusadme...



¡Ah! Primo... ¡perdón!



Estoy aturdida todavía...



Estoy... ¡todavía entumecida!







(Declamando con viveza)







Perdonad mi charla



¡Ha sido mi primer viaje!







(Gran alboroto: los viajeros precedidos



de los postillones invaden el patio de la posada)











LOS POSTILLONES



(a los viajeros)



¡Partid! ¡La llamada!







VIAJERAS Y VIAJEROS



(con un espanto cómico)



¿Cómo? ¡Partir!







LOS POSTILLONES



(con brutalidad a los viajeros)



¡Vamos! ¡Salid! ¡Está aquí el otro coche!







VIAJERAS Y VIAJEROS



¡Partir! ¿Cómo?



¡Qué contratiempo!







LOS POSTILLONES



¡Partid! ¡Vamos!



¡La llamada!







VIAJERAS Y VIAJEROS







(Todos se atropellan y reclaman)



¡Mi sombrerera!







UNA VIAJERA



¡Mis pájaros!







UN VIAJERO



¡No! ¡Mi paquete!







OTROS DOS



¡Mi paquete!







OTRO



¡No! ¡Mi sombrero!







(Todos a la vez)







¡Mis pájaros! ¡Mi sombrerera!



¡Mi paquete! ¡Mi sombrero!







LOS POSTILLONES



¡Partid! ¡Aquí está el otro coche! ¡La llamada!



¡Partid! ¡Ah!



¡Ah! Es un verdadero infierno,



cada uno gime y murmura



cuando suben al coche



¡y vuelven a empezar cuando bajan!







BURGUESAS Y BURGUESES



(riendo)



¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah!



¡Es un verdadero infierno!



¡Todos gimen!



Cuando suben o bajan.



¡Dios mío! ¡Qué tormento!











VIAJERAS Y VIAJEROS



¡Que nos rescaten!



¡Vamos! ¡Vamos! ¡Vamos! ¡Dios mío!



¡Qué ajetreo y qué tormento



cuando es necesario utilizar el coche!



¡Ah! ¡Lo juro!



¡Debería de hacerse antes el testamento!







BURGUESAS Y BURGUESES



¡Dios mío! ¡Qué ajetreo y qué tormento!



¡Ah! ¡qué tormento!



¡Ah! ¡Se debería hacer antes testamento!



¡Ah! ¡Se debería hacer antes testamento!







POSTILLONES Y MOZOS



¡Vuelven a comenzar al descender!



¡Ah! ¡Es un verdadero infierno!



¡Todos gimen!



¡Ah! ¡Es un verdadero infierno!



¡Todos gimen!







BURGUESAS Y BURGUESES



¡Ah! ¡Qué ajetreo y qué tormento!



¡Ah! ¡Qué ajetreo y qué tormento!







VIAJERAS Y VIAJEROS



¡Qué ajetreo! ¡Qué tormento!



¡Dios mío! ¡Qué ajetreo y qué tormento!







POSTILLONES Y MOZOS



¡Callad! ¡Ah! ¡Qué tormento!







BURGUESAS Y BURGUESES



(riendo)



¡Ah! ¡Ah!



¡Ah! ¡Qué tormento!







(Riendo)







¡Ah! ¡Ah! ¡Ah!







(La gente se aleja poco a poco dejando



solos a Lescaut y Manón)











LESCAUT



(En el momento de salir para ir a buscar



los paquetes de Manón)



¡Espéradme, sed obediente,



voy a buscar vuestro equipaje!







BURGUESAS Y BURGUESES



¡Es preciso verlo todo!



¡Para nosotros es un deber!







(Desaparecen. Manón queda sola.



Aparece Guillot en el balcón del pabellón)







Escena Quinta







GUILLOT



¡Posadero del demonio! ¡Ha creido



que nosotros no querríamos vino!







(Viendo a Manón)







¡Cielos! ¿qué veo?



¡Señorita! ¡Hem! ¡hem!... ¡Señorita!..







(Para sí)







¡Lo que pasa en mi cabeza es inaudito!











MANÓN



(para sí, riendo)



¡Este hombre está muy raro, a fe mía!







GUILLOT



Señorita, ¡escuchadme!



Me llamo Guillot de Morfontaine,



Mi caja está llena de luises de oro ,



y yo daría muchos de elllos por



obtener de vos una sola palabra de amor...



He acabado... ¿qué decís?







MANÓN



Me enfadaría, si no me gustara más reirme...







(Manón estalla en carcajadas, y su risa es



repetida por Brétigny, Javotte, Poussette y



Rosette que acaban de salir al balcón)







BRÉTIGNY



(declamando)



Y bien, Guillot, ¿qué hacéis?



Os estamos esperando.







GUILLOT



(declamando)



¡Al diablo con tus locuras!











POUSSETTE



(a Guillot)



¿No os da  vergüenza? ¡A vuestra edad!







JAVOTTE



... ¡A vuestra edad!







ROSETTE



.... ¡A vuestra edad!







BRÉTIGNY



Esta vez, el bribón ha descubierto



casualmente un tesoro.



Nunca una mirada tan dulce



ha iluminado un rostro tan gracioso...







LAS TRES MUJERES



(a Guillot, riendo, con ligereza y alegría)



¡Volved, Guillot, volved!



¡Dios sabe dónde os llevará un paso en falso!



¡Querido amigo Guillot, no lo hagáis!



¡Volved! ¡Cometeréis un gran error!



¡Volved, Guillot! ¡No! ¡No!



¡Nada de pasos en falso!



¡Guillot! ¡No lo hagáis!







(Riendo)







¡Ah! ¡Ah!



¡Volved! ¡Cometeréis un gran error!



¡Volved, Guillot!







(Riendo)







¡Ah! ¡Ah!











BRÉTIGNY



¡Vamos, Guillot, dejad a la señorita,



y volved, os llaman!







GUILLOT



(impaciente)



¡Sí, vuelvo enseguida!







(A Manón)







¡Preciosa, una sola palabra!







BRÉTIGNY



Guillot, dejad a la señorita...







GUILLOT



(en voz baja a Manón)



Pronto vendrá, de mi parte, un postillón.



Cuando lo advirtáis, significará



que un coche espera,



que podéis tomarlo,



y después... debéis comprender...







(Lescaut acaba de entrar)







LESCAUT







(a Guillot con brusquedad)



¡Pido perdón, señor!







GUILLOT



(balbuciendo desconcertado)



¿Señor?







LESCAUT



¡Y bien! Decíais...







GUILLOT



(como antes)



No decía nada.







(Guillot se retira)







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE, BRÉTIGNY



(riendo)



¡Volved, Guillot, volved!



¡Dios sabe dónde os llevará un paso en falso!



¡Querido amigo Guillot, no lo hagáis!



¡Volved! ¡Cometeréis un gran error!







(entran riendo en el pabellón)











Escena Sexta







LESCAUT



(con seriedad)



¿Y vos qué decís, Manón?







MANÓN



(con viveza)



Eso no era mi culpa...







LESCAUT



¡Cierto! Y yo tengo una gran opinión de vos.



Para enfadarme...







UN GUARDIA



(a Lescaut)



¿Y bien, no vienes?











OTRO



(igual)



¡La cartas y los dados nos esperan allí!







LESCAUT



Voy, pero permitid que primero



dé a esta joven







(Con suficiencia)







algunos consejos llenos de sabiduría.







LOS DOS GUARDIAS



(resignados y con respeto)



Escuchemos la sabiduría.







LESCAUT



(A Manón, con importancia)



Miradme bien a los ojos.



Voy aquí cerca, al cuartel,



a discutir con estos señores



de ciertos temas que les conciernen.



Esperadme... un momento...



Un momento sólo...







No os mováis, sed gentil,



y no olvidéis, querida,



que soy el guardián del honor



¡de la familia! ¡de la familia!



Y si por casualidad... algún imprudente



os hace una proposición frívola...



Ante el temor... de un accidente...



¡No digas ni una sola palabra!



Rogadle que espere un instante,



¡un solo momento!







No os mováis, sed gentil,



y no olvidéis, querida,



que soy el guardián del honor



¡de la familia! ¡de la familia!







(A los guardias, haciéndoles señas para salir)







¡Y ahora, veamos a quién de nosotros



le sonreirá la diosa de la fortuna!







(Se alejan, él se vuelve hacia Manón)







¡No os mováis, sed gentil!







(Se aleja)











Escena Séptima







MANÓN



(con simpleza)



¡Nos quedaremos aquí, si hace falta!



¡Esperaremos... sin pensar!



¡Evitemos las locuras,



los proyectos que trastornan mi razón!







(Con simpleza)







¡No soñemos más!







(Manón parece sumida en sus reflexiones,



después, de golpe, mira hacia el pabellón



en el que están Poussette, Javotte



y Rosette. Manón se levanta)







¡Qué bonitas son esas mujeres!



¡La más joven lleva un collar de cuentas de oro!



¡Ah! ¡Cómo esos ricos vestidos



y esos adornos tan coquetos



las vuelven más bellas aún!







(Triste y resignada)







Vamos, Manón, no más quimeras.



¿Dónde va tu espíritu soñador?



¡Deja esos deseos efímeros



en la puerta del convento!



¡Vamos, Manón! ¡Vamos, Manón!



¡No más deseos, no más quimeras!







(Cambiando de tono)







Y sin embargo, para mi alma embelesada en ellas,



¡todo es tan seductor!







(Con un impulso de voluptuosidad)







¡Ah! ¡Qué divertido debe ser



divertirse toda la vida!



¡Ah! ¡Vamos, Manón, no más quimeras!



¿Dónde va tu espíritu soñador?







(Medio llorando, medio sonriendo)







¡Vamos, Manón! ¡Vamos, Manón!



¡No más deseos, no más quimeras!







(Aparece Des Grieux)











Escena Octava







¡Viene alguien! ¡Rápido, al banco de piedra!







(Des Grieux avanza sin ver a Manón)







DES GRIEUX



(para sí)



He señalado la hora de la salida...



He dudado... ¡qué cosa tan singular!







(Con resolución)







En fin, mañana por la tarde a lo más tardar



¡abrazaré a mi padre!...



¡Mi padre!..



Sí, lo veo sonreír,



¡y mi corazón no me engaña!



Lo veo, él me llama



¡y yo le tiendo los brazos!







(De manera involuntaria Des Grieux



se vuelve hacia Manón, la mira primero con



asombro, después con éxtasis, como si



una visión se le apareciera)







¡Cielos!...¿Es un sueño?..



¿Es una locura?



¿De dónde procede lo que siento?



¡Se diría que mi vida va a acabar... o a comenzar!



Parece que una mano de hierro



me lleva hacia otro camino



¡y a pesar mío me arrastra ante ella!







(Poco a poco Des Grieux se aproxima a



Manón. Tímidamente)







Señorita...







MANÓN







¿Qué?







DES GRIEUX



(conmovido)



¡Perdonadme!



Yo no sé...







(Entrecortado)







Obedezco... no soy dueño de mí.







(Poco a poco más ardiente)







Os veo, estoy seguro, por primera vez,







(Tierno y contenido)







y mi corazón, sin embargo,



¡acaba de reconoceros!



No sé vuestro nombre...







MANÓN



(con naturalidad)



Me llamo Manón...







DES GRIEUX



(emocionado)



¡Manón!











MANÓN



(para sí)



¡Su mirada es tierna!



¡Y siento emoción al escucharlo!







DES GRIEUX



Estas palabras de loco, ¿querréis perdonarlas?







MANÓN



(simplemente)



¡Cómo condenarlas!



¡Ellas embelesan al corazón



embelesando los oídos!



¡Quisiera saber palabras similares



para repetíroslas!







DES GRIEUX



(con embeleso)



Encantadora.



¡Hechizo victorioso!



¡Manón! ¡Sois la dueña de mi corazón!







MANÓN



Palabras encantadoras, embriagadoras fiebres



¡embriagadoras fiebres de felicidad!







DES GRIEUX







¡Oh, Manón! ¡Sois la dueña,



sois la dueña de mi corazón!



¡Ah! ¡Habladme!







MANÓN



No soy mas que una pobre chica...







(Sonriente)







No soy mala...



Pero a menudo mi familia me acusa



de que me gusta demasiado el placer!...







(Con tristeza)







Ingresaré en un convento...dentro de poco...



Y ésta es la historia de Manón.







(Simplemente)







¡De Manón Lescaut!







DES GRIEUX



(con ardor)



¡No, yo no quiero creer tanta crueldad!



¡Que tantos encantos y tanta belleza sean



destinados para siempre a una tumba viviente!







MANÓN



Pero esa esí, ¡ay de mí! la voluntad



del cielo a la que debo servir.



¡Y una desgracia tan grande no se puede evitar!







DES GRIEUX



(con firmeza)



¡No! ¡Vuestra libertad no os será arrebatada!











MANÓN



(con alegría)



¿Cómo?







DES GRIEUX



¡Del caballero Des Grieux,



os podréis fiar!







MANÓN



(con brío)



¡Ah! ¡Os debería más que la vida!







DES GRIEUX



(con pasión)



¡Ah! ¡Manón! ¡No os iréis!



Incluso si tengo que ir a buscar al fin del



mundo un refugio desconocido y profundo...



¡Y os llevaré allí en mis brazos!







MANÓN



Mi vida y mi alma os pertenecen... ¡A vos!



¡Mi vida es vuestra para siempre!







DES GRIEUX







¡Encantadora! Manón,



¡Vos sois la dueña de mi corazón!







(En este momento aparece al fondo el postillón



que Guillot-Morfontaine dijo con anterioridad que



se quedara  a las órdenes de Manón)







MANÓN



(lo mira, reflexiona y sonríe)



Por suerte podemos tener algo mejor:



¡Un coche!



El vehículo de un señor...







(Ligera y sin contenerse)







que quiso flirtear con Manón.







(Con delicadeza)







¡Aprovecharos!







DES GRIEUX



¿Pero cómo?







MANÓN



¡Tomémoslo!







DES GRIEUX



(al postillón, que se aleja en seguida)



¡Así sea, partamos!











MANÓN



(turbada)



Pero... ¿partir juntos?







DES GRIEUX



(con embeleso)



¡Sí, Manón! ¡El cielo nos reúne!







(Emocionado y encantado)







Viviremos en París...







MANÓN



(tierna y emocionada)



¡Los dos solos!







DES GRIEUX



Los dos solos.



Y nuestros corazones enamorados...







MANÓN







¡En París!







DES GRIEUX



Encadenados el uno al otro,







MANÓN



¡En París!







DES GRIEUX



Reunidos para siempre.



¡Allí sólo viviremos días felices!







MANÓN



¡Sólo tendremos días felices!







LOS DOS



¡En París! ¡En París, los dos solos!



¡Viviremos en París!







(Alegremente)







¡Los dos solos!







DES GRIEUX



(Se aproxima con ternura a Manón)



¡Y mi nombre será el vuestro!







(Después volviendo en sí, con emoción,



casi hablando)







¡Ah! ¡Perdón!











MANÓN



En mis ojos... Debéis ver



que no puedo dejar de quereros...







(Casi hablando)







Y sin embargo... ¡eso es lo malo!







DES GRIEUX



¡Vamos! ¡Viviremos en París!







MANÓN



(con viveza)



¡Solos los dos!







DES GRIEUX



(con viveza)



¡Solos los dos!



¡Y nuestros corazones enamorados...







MANÓN



¡En París!







DES GRIEUX







... encadenados uno al otro!







MANÓN



¡En París!







DES GRIEUX



Juntos para siempre.



¡Sólo tendremos días felices!







MANÓN



¡Sólo tendremos días felices!







LOS DOS



¡A París! ¡A París! ¡Sólo los dos!



¡Viviremos en París!







(Con alegría)







... ¡Solos los dos!







(Se oyen carcajadas en el pabellón)







MANÓN



(acordándose)



¡Son ellas!











POUSSETTE, JAVOTTE Y ROSETTE



¡Volved, Guillot, volved!



¡Cometeréis un gran error!



¡Volved pues, Guillot!







(Riendo)







¡Ah! ¡ah! ¡ah! ¡ah! ¡ah! ¡ah!







DES GRIEUX



¿Qué os pasa?







MANÓN



(turbada)



¡Nada! ¡Esas mujeres tan bellas!







LESCAUT



(desde fuera, borracho)



¡Esta noche, volveréis al cabaret!







DES GRIEUX



(espantado)



¡Allí!











MANÓN



(igualmente)



¡Es la voz de mi primo!







DES GRIEUX



¡Vamos! ¡Partamos!







POUSSETTE, JAVOTTE Y ROSETTE



(Desde fuera, dentro del pabellón)



¡Volved, Guillot! ¡Volved! ¡Volved!







(Carcajadas)







MANÓN



(se detiene, indecisa)



¡Ah!







(Para sí, con un impulso de voluptuosidad)







¡Qué divertido debe de ser...



... divertirse... toda la vida!











MANÓN Y DES GRIEUX



¡Ah! ¡Partamos!







(huyen)







Escena Novena







LESCAUT



(apareciendo; un poco bebido)



¡No tengo un céntimo! ¡La velada ha sido muy agradable!







(Llamando)







¡Eh! ¡Manón!







(La busca, asombrado)







¡Cómo! ¡Ha desaparecido!







(Gritando)







¡Hola! ¡Hola!











GUILLOT



(descendiendo poco a poco la escalinata;



con precaución)



¡Quiero encontrarla!







LESCAUT



(viéndolo y cerrándole el paso)



¡Ah! ¡Sois vos! ¡El hombre gordo!







GUILLOT



(retrocediendo)



¿Eh?







LESCAUT



(con brutalidad)



¡Os habéis llevado a Manón, devolvedla!







GUILLOT







(aterrado)



¡Callad!







LESCAUT



(gritando más fuerte)



¡Devolvédmela! ¡Devolvédmela! ¡Devolvédmela!







(Los Burgueses y el posadero llegan poco a poco



desde todos los lados al ruido de los gritos de



Lescaut y señalan riendo a los dos personajes)







(a Guillot)







¡Vamos! ¡Devolvédmela!







GUILLOT



(A Lescaut, señalando a toda la gente)



¡Mirad como



llamáis la atención de la gente!







LESCAUT



¡Ah! ¡bah! ¡eso me da igual!







(A los burgueses)







¡Ha mancillado nuestro honor!







(A Guillot)







¡Es un bocado demasiado bueno



para un hocico tan villano!











GUILLOT



(aterrorizado)



¡Qué desgracia!







LESCAUT



(a los burgueses)



¡Ha mancillado nuestro honor!







POSADERO, BURGUESAS Y BURGUESES



¡Veamos, explicaos!







GUILLOT



¡Sea!... pero con más cortesía,



¡con más cortesía y sin ofensas!







LESCAUT



(todavía más alto)



Responded sin titubeos;



¡Yo quiero a Manón! ¡Yo quiero a Manón!







POSADERO







¡Cómo! Esa joven muchacha,



¡ella ha partido con un hombre joven!



¡Escuchad!







(Ruido lejano de un coche)







GUILLOT



(con desesperación)



¡Cielos!







BURGUESAS Y BURGUESES



¡Ella se ha marchado!







LESCAUT



(furioso)



¡Pero es el honor de la familia!







POSADERO



(señalando a Guillot)



En el coche del señor...











BURGUESAS Y BURGUESES



En el coche del señor...







GUILLOT



¡No! ¡Deteneos!







LESCAUT



(queriendo arrojarse sobre él)



¡Miserable!







GUILLOT



(soltándose)



¡Soltad! ¡Soltad!







POSADERO, BURGUESAS Y



BURGUESES



(riendo)



¡Ah! ¡Ah! ¡Qué expresión tan ridícula!



¿Se vio alguna vez un desastre como el suyo?







LESCAUT







(Intentando atrapar a Guillot a pesar del posadero)



¡No! ¡Es necesario que lo castigue!







BRÉTIGNY



(que ha salido del pabellón con las mujeres)



¡Eh! ¡Cómo! ¡Pobre Guillot, vuestra belleza ha volado!







(Las mujeres ríen)







BURGUESAS Y BURGUESES



¡Qué desgracia



para tan gran seductor!







GUILLOT



¡Callad todos!... ¡Me vengaré



de esa pérfida y taimada!







POUSSETTE, JAVOTTE, ROSETTE,



BRÉTIGNY, POSADERO Y LA GENTE



(riendo)



¡Ah! ¡Ah! ¡Qué expresión tan ridícula!



¡Ah! ¡qué desgracia! ¡ah! ¡qué desgracia!











LESCAUT



¡Caramba! ¡Manón, vos me volveréis a ver,



y vos, pequeño, lo pagaréis!







(Todo el mundo se ríe)







TELÓN

Fuente del libreto: https://www.geocities.com/ubeda2002/manon/acto1.htm

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Entrada principal: MANON de Jules Massenet. Argumento, y videos